Comme son nom ne l’indique pas, la Stradale (“route” en italien) n’est pas la version civile de la Modena évoluant dans le Challenge Ferrari. Il s’agit d’un modèle à part, encore plus extrême que la voiture de course ! La marque au Cheval Cabré a banni autant que possible les compromis. Principal mot d’ordre : l’allégement. Cette philosophie saute aux yeux du pilote. Exit les isolations phoniques, tapis et autre moquette. La caisse apparaît à vos pieds dans son plus simple appareil. Le dépouillement s’accompagne de l’usage à profusion de fibre de carbone à l’intérieur (tunnel central, panneaux de portes, coques des baquets…) comme à l’extérieur (diffuseur, rétroviseurs). La lunette arrière et, sur demande, les vitres latérales sont en Lexan, matériau deux fois moins dense que le verre. Au total, 88 kg sont économisés, dont 11 uniquement sur la ligne d’échappement, revue et corrigée pour le plus grand bonheur des mélomanes. Une pression sur le bouton Start, autre spécificité de la Stradale, et le moteur sort de sa torpeur dans un râle métallique terrifiant. Et encore, ce n’est rien à côté de la montagne de décibels libérée au-delà de 4 300 tr/mn. Le V8 a plus de voix mais également plus de chevaux. Vingt-cinq canassons ont été grappillés grâce à un débitmètre plus conséquent, un rapport volumétrique supérieur, une admission dynamique, des conduits polis et une modification du calage de distribution revu à l’échappement (fermeture des soupapes retardée). Le sacro-saint rapport poids/puissance passe ainsi de 3,7 à 3,2 kg/ch, mais les chronos réalisés ne révèlent qu’un très faible écart avec la Modena en accélération. La Stradale rend ainsi une demi-seconde au 1 000 m départ arrêté à sa rivale directe, la Porsche 911 GT3, vendue 40 % moins cher.
Un châssis de course
Mais l’essentiel est ailleurs. Cette Ferrari a non seulement le mérite de faire illusion en ligne droite, mais elle justifie amplement son existence sur la moindre route sinueuse. La suspension affermie d’environ 20 % et abaissée de 15 mm, la monte pneumatique plus conséquente, ainsi que la barre antiroulis postérieure de plus forte section augmentent considérablement la précision et la franchise de l’auto. Le train avant affiche un tranchant époustouflant, la poupe se place au millimètre, et l’équilibre remarquable du châssis fait le reste. La Stradale profite en outre d’un travail considérable sur l’aérodynamique : moustaches dignes de la F1, extracteur d’air optimisé, bouclier arrière remanié et jupes latérales au ras des pâquerettes. Les appuis augmentent ainsi de 50 % pour atteindre 270 kg à 295 km/h ! L’impression de piloter une voiture de course est saisissante, d’autant plus lorsque l’on opte pour l’inédit mode Race agissant sur la gestion de la boîte F1 et la suspension pilotée. Cerise sur le gâteau, l’endurance et l’efficacité exceptionnelles du freinage carbone/céramique ne limitent pas le plaisir à seulement quelques tours de pistes.


