Où et quand ?
Alpine a convié les journalistes du monde entier dans le sud de l’Espagne et la région andalouse de Malaga pour tester uniquement la version GT de bleu vêtu (Vision à 1600 €) et chaussée de pneus Michelin Pilot Sport 4S dédiés. La GTS sortira au printemps 2026 puisque la gigafactory Verkor située dans le nord de la France n’est pas encore prête.
Plateforme 100 % électrique
Alpine poursuit sa feuille de route, sans renoncer à l’électrique. Il aurait pu opter pour une plateforme modulaire lui offrant une issue de secours hybride ou thermique. Or l’Amp R Medium (Ampère) utilisée par la Renault Mégane et la Nissan Ariya se focalise sur la fée électricité. Elle est ici modifiée aux niveaux des voies (élargies), de l’empattement (raccourci), des triangles de suspension et du berceau arrière (en alu). L’A390 porte haut les couleurs tricolores en annonçant un assemblage des batteries de 89 kWh à Douai (Ampère) ou Dunkerque (Verkor pour la GTS), des moteurs (1 avant et 2 arrière) à Cléon (Ampère) et une mise au point sur le site d’Aubevoye… Sans oublier le montage final à l’usine historique de Dieppe, transformée pour l’occasion, et la collaboration avec Michelin (pneus dédiés « A39 ») et Devialet (audio d’une pureté impressionnante !). Comme l’A110, cette touche frenchy peut se matérialiser par un drapeau exposé sur les montants arrière, en option (90 €). Le parallèle avec la berlinette ne s’arrête pas là. Les designers parlent d’une A110 5 portes et d’un profil fuyant s’en inspirant. Mieux, nous retrouverions la « conduite exaltante de l’A110, la polyvalence en plus » et des performances dignes de la R concernant la GTS. À tel point que sur un circuit lent, comme celui de Dreux, l’A390 GTS tournerait aussi fort qu’une A110 GTS d’après le pilote/metteur au point Terry Baillon. On parle bien d’un SUV électrique de 2,1 tonnes ? Oui, le marketing possède des ressources intarissables et obscures…
Les designers n’ont cependant pas manqué d’inspiration et ce crossover culminant à 1,53 m (- 9 cm par rapport à un Macan) attire l’attention. De-là à l’identifier à Alpine… Le capot surprend par ses petites lames supérieures suspendues et sa faible surface vitrée. Sans surprise, la visibilité arrière s’apparente à celle d’une meurtrière et l’infime lunette crée un effet de flou. Pourtant, l’espace à bord est généreux et deux adultes d’1,85 m peuvent prendre place à l’arrière (place centrale réduite), accompagnés de leurs bagages (coffre de 532 l). Bref, on se sent bien et l’atmosphère se révèle cossue (matières, surpiqures, sièges Sabelt optionnels), même si l’on retrouve une dalle numérique et des commandes Renault. Les boutons « RND » ou le volant à double méplat s’inspirent de ceux de l’A110. Ce dernier inclut deux commodos colorés : bleu pour la régénération ajustable sur 5 niveaux (jusqu’au One pedal) et rouge pour le futile boost « Overdrive » (OV). On est davantage surpris par la présence d’un mode Track repoussant les aides à la conduite et d’une télémétrie exposant la température des pneus, des freins ou de la batterie, proposant du coaching ou des challenges de conduite. Euh, on parle vraiment d’une familiale électrique ?
Non violent
Notre essai se déroule sur les sublimes routes – parfois glissantes – andalouses. Les premiers kilomètres nous éloignant de l’aéroport de Malaga mettent en avant la qualité principale de ce type d’auto : le silence de fonctionnement en évoluant en ville. Sur autoroute, les moteurs restent silencieux mais étant donné le gabarit, les bruits aérodynamiques (non gênants) s’invitent à bord et couvrent les roulements. Pour doubler, les reprises sont toniques sans être non plus renversantes. C’est également le cas des accélérations qui évitent la brutalité typique au décollage, y compris pendant le launch control qui transforme le compteur en hyper-espace (comme l’A290). La progression se révèle donc plus linéaire qu’à bord d’une Model 3 Performance ou d’un Macan Turbo. Plus qu’honorable, cette force lui permettrait d’atteindre 100 km/h en 4’’8 et 1 000 m en 24’’1, tout en régulant à 200 km/h. Elle est plutôt comparable à celle d’un Macan 4 (408 ch) alors que l’A390 GTS se hisserait au niveau du Macan GTS de 0 à 100 km/h malgré l’écart de puissance (571 vs 470 ch).
La poussée reste intense jusqu’à 170 km/h puis décroit jusqu’à atteindre la bride sévissant. Elle s’accompagne d’un léger sifflement caractéristique ou d’une bande son retravaillée via les haut-parleurs qui ne cherchent pas à singer le thermique. L’« Alpine » renforce les basses et l’« Alternative » semble le meilleur compromis en intensité moyenne (il existe aussi élevée) pour obtenir un retour auditif de l’action du conducteur sur la pédale d’accélérateur. Utile en attaquant ! Alpine combine un électromoteur avant synchrone à rotor bobiné (98,3 kW) à deux arrière à aimants permanents (2 x 92 kW) pour un total de 661 Nm et 400 ch. Grâce à la grosse batterie installée dans le plancher, l’autonomie grimperait à 557 km avec les jantes de 20 pouces. Durant notre essai réalisé avec une GT chaussée de Michelin PS4S plus tendres (et gourmands) et de 21 pouces, la consommation a oscillé entre 22 et 32 kWh en relevant le rythme. Ce qui a fait osciller l’autonomie autour de 300 km. Précisons que le réseau fonctionne en 400V et que la vitesse de recharge se limite à 150 kW. La GTS sortant au printemps pourra grimper à 190 kW. En respectant les limitations et les temps de pause, Alpine annonce un Paris-Nice (765 km) en 8h10. Ca vous tente de vérifier ?
Survireur avec mode d’emploi
Face à un Macan 4 qui propose en option un amortissement actif ou des ressorts pneumatiques, l’A390 opte pour une suspension passive et des amortisseurs à butée hydrauliques. Un vrai plus en matière de connexion à la route, mais le confort est-il suffisant ? Oui, la fermeté des compressions reste raisonnable de la part d’une familiale qui a tendance à rappeler son gabarit sur les hautes fréquences en relâchant trop les détentes. Dans l’ensemble, les méfaits de la masse sont bien canalisés alors que ce lourd SUV se passe de roues arrière directrices (en option sur le Macan)… Ces dernières seraient compensées par la présence d’un système vectoriel ajustant la force des 3 électromoteurs. Pour cela, Alpine table sur la finesse de la répartition de couple entre les essieux avant/arrière (indépendants) et entre les roues arrière (accélération de la roue extérieure). En haussant le ton, on apprécie d’une part la qualité des retours d’informations émanant de la direction (2 set-up disponibles, légère en Normal), meilleure qu’à bord du Macan. D’autre part, le toucher de pédale de freins réclame de l’accoutumance puisqu’il varie au gré de l’intensité de la régénération : naturel sans elle à dur en position maximale. Au-delà du ressenti, les décélérations satisfont comme l’endurance lors d’un usage routier. Ce SUV cache d’autres surprises qui apparaissent en le secouant tout appliquant un certain mode d’emploi. Sinon, il se révèle neutre et bien équilibré… Bref, très sage et naturellement peu piquant. Or en abusant du freinage dégressif ou en le combinant avec du surbraquage en entrée, le SUV devient survireur et pivote plus facilement grâce à la gestion vectorielle du couple. On peut ainsi facilement contrebalancer le sous-virage (infime et tardif) par du survirage dès le mode Track (non castrateur). Bien vu. En revanche, n’espérez pas entretenir la glisse sur le sec ni en obtenir une en sortie de virage à l’accélération (hormis sur terrain glissant). Loin d’offrir l’agilité et le plaisir d’une A110, cette A390 révèle tout de même un swing inattendu que l’on découvre en exagérant certains gestes, comme à bord de la petite A290. Sa mission est donc remplie mais pérenniser la marque avec un tel positionnement semble très audacieux.
Les tarifs
Avec un ticket d’entrée à 67 500 €, elle se tient à distance d’une Ford Mustang MachE GT (487 ch, 82 490 €), d’une Porsche Macan 4 (86 800 €) en relevant le curseur du plaisir et du feeling sportif mais s’approche d’une Kia EV6 GT beaucoup plus puissante : 650 ch, 70 550 €. La Tesla Model Y Performance, elle, reste bien moins chère en démarrant à 61 990 € (460 ch). Alpine vise une clientèle professionnelle, propose des mensualités inférieures à 1000 € (946 € sur 37 mois et 30 000 km, sans apport) et renforcera l’offre dès le printemps avec la GTS forte de 470 ch (78 000 €) censée rivaliser avec le nouveau Macan GTS ou la Hyundai Ioniq 5N offrant davantage de performances et des sensations très ludiques pour le même prix.