Depuis quelques années, nous surveillons de près la cote de la plus sexy et sportive des Peugeot modernes. Aussi incroyable que cela puisse paraître, elle a continué de baisser ces deux dernières années pour s’établir autour de 25 000 € Alors que la production de cette R, qui s’est étalée sur seulement 2 ans au sein de l’usine autrichienne de Magna-Steyr, a été réduite à environ 3000 exemplaires. Un tel tarif bradé devient incompréhensible de la part d’un collector aussi efficace, performant et aguichant. Ce n’est pas Emmanuel, le propriétaire de ce superbe exemplaire rouge, qui nous contredira : « mes parents ont toujours roulé en Peugeot. Je possède une 205 GTi 1,9 litre non catalysée et une 203 familiale. La RCZ R est la seule moderne. J’ai craqué parce que je travaillais dans une concession Peugeot et ça me faisait envie à l’époque. Je rêvais plutôt d’une 911 997 ou une Aston Vantage mais j’ai préféré rester raisonnable. » Ce choix lui permet de profiter occasionnellement d’une des meilleures tractions de son époque, tout en conservant un coût d’utilisation et d’entretien raisonnable… Enfin, en évitant d’aller chez Peugeot, où la main-d’œuvre a explosé, et de changer les disques avant Alcon facturé 2000 € ! Face au Lion, le coup de crayon a tout aussi bien vieilli pour l’évolution du Cayman originel. Nous aurions pu porter notre dévolu sur l’entrée de gamme de la phase 1 à la cote voisine, propulsé par un 2,7 litres de 245 ch. Mais l’écart de puissance reste conséquent et nous avons préféré corser les recherches dans le but de démontrer qu’il est possible d’acheter un Cayman plus moderne, sorti en 2009 après un restylage remodelant les boucliers, les optiques et le multimédia. En plus, la puissance et le poids de cette 987.2 s’approchent davantage de ceux de la Française : 265 ch, 1330 kg. Lucas a dû faire preuve de patience pour trouver son exemplaire blanc immaculé : « j’ai toujours rêvé d’une Porsche et j’ai eu ma première à 19 ans : une 944 ! Puis j’ai voulu évoluer chez Porsche et j’ai craqué pour cette phase 2 en 2022 car elle était pile dans mon budget. Il n’y en a pas beaucoup. Je ne voulais pas de phase 1 qui rencontre des soucis de roulement et de cylindres rayés. » Lui aussi s’en sert essentiellement en balade le week-end sur les belles routes bourguignonnes environnantes. Après quelques tentatives infructueuses, nous avons enfin pu réunir ces coupés sous une météo clémente fin mai, en dégustant la route des vins du Haut Beaujolais. De quoi fêter dignement les retrouvailles avec ces petits coupés qui ont marqué la rédaction.
Pas une ride
Les formes élégantes et sensuelles n’ont pas pris une ride. C’est à cela que l’on reconnaît un dessin réussit que l’on doit, côté français, à Boris Reinmöller sous la houlette de Gérard Welter. Souvenez-vous, la première étude de style de ce projet hors classe chapeauté par un double bossage digne de Zagato remonte à 2007 (salon de Francfort). Quand on regarde dans le détail, les affres du temps sévissent sur les bulles de phares des deux coupés et sur le vernis du toit en carbone du RCZ. En accédant au cockpit, la planche de bord du Cayman parait comme neuve (forcément, elle l’est suite à un accrochage !) et les plastiques moussés sont plutôt flatteurs… À l’époque, nous avions surtout affaire à des S suréquipées et recouverts de cuir au niveau de la console. C’est le cas de la Française qui paraît du coup cossue. Dans les deux cas, la mode est à la prolifération de boutons et aux écrans accueillant le nec plus ultra GPS (en option chez Porsche). Chez Peugeot, l’écran a l’avantage de pouvoir se dissimuler… Une solution idéale qui a vite été abandonnée avec la standardisation du tactile. On trouve rapidement une position de conduite idéale, relativement basse, qui fait le plus grand bien dans notre univers envahi de SUV. La Française a l’avantage d’offrir deux petites places arrière de dépannage et un meilleur maintien latéral via ses confortables baquets biton. Le coffre, lui, reste convenable (321 litres) et dispose d’une large ouverture mais pas de hayon contrairement au Cayman qui ajoute un espace à l’arrière des sièges… Et un second coffre à l’avant pour un total de 410 litres. Utile quand on s’apprête à arpenter une route des vins !
À bord de la RCZ R, inutile de chercher un quelconque paramètre de conduite en l’absence de suspension pilotée et de boîte auto. Simple. À l’ancienne. Vous n’avez plus qu’à couper les aides au besoin. Chez Porsche, les modes sont toutefois réduits et essentiellement liés aux options, comme la révolutionnaire boîte PDK tout juste dévoilée dont la gestion et le maniement n’étaient pas idéaux au départ. Autant scruter avant tout une boîte manuelle dans les annonces ! Sur la console, les ajustements sont ici ramenés aux aides à la conduite, à la suspension pilotée optionnelle (PASM) et à l’aileron actif. À ce sujet, celui de la RCZ disparaît au profit d’un appendice fixe sur la R permettant de gagner 15 kg et d’améliorer légèrement l’appui : + 15 kg revendiqués à 250 km/h. Il est temps de quitter la Roche de Solutré si chère à François Mitterrand – promesse de pèlerinage annuel faite à des résistants à l’après-guerre – pour arpenter les massifs plus au sud.
Technique Peugeot RCZ R :
- Moteur >> 4 en ligne turbo, 1,6 litres, 270 ch à 6000 tr/mn, 330 Nm de 1900 à 5500 tr/mn
- Transmission >> traction, 6 manuels
- Pneus >> Goodyear Eagle F1
- Poids annoncé >> 1280 kg
- Performances mesurées >> 0 à 100/200 km/h en 6’’2/21’’3, 400/1000 m D.A. en 14’’2/25’’4, 250 km/h (limitée)
- Prix en 2013 >> 42 900 €
- Cote 2026 >> 25 000 €
Tempérament mécanique opposé
Très vite, ces coupés font part d’un tempérament mécanique totalement opposé, alors que leur puissance maxi reste voisine. Quand l’un privilégie la souplesse, l’autre rêve de haut régime. Faute de disponibilité en parc presse, nous avons rarement testé des flat-6 d’entrée de gamme. Celui-ci cube 2,9 litres et remplace dès 2009 le 2,7 litres, tout en perdant 6 kg et en s’écartant l’injection directe qui débarque au même moment sur le 3,4 litres. En option, il existait un échappement Sport dont se passe le Cayman de Lucas mais contrebalancé par des sorties modifiées. À la clé, un timbre métallique exacerbé, juste ce qu’il faut, assorti de râles caractéristiques et de belles envolées. C’est le calme plat sous 4000 tr/mn puis ce flat-6 atmo’ dévoile son vrai visage et régale jusqu’à 7500 tr/mn. Il faut donc jouer du levier (ici tremblotant), d’autant que les rapports sont longs pour satisfaire les normes de pollution… Eh oui, déjà !
Face à cette ferveur atmosphérique, la lionne préfère le dopage et cogne dès 2500 tr/mn sans jamais déborder le train avant. L’arrivée du couple s’exécute progressivement, comme celle de la puissance maxi qui s’obtient à 6000 tr/mn. Bon, ce 1,6 litre partagé avec le groupe BMW n’aime pas les hauts régimes et soigne les plages intermédiaires en faisant l’effort de travailler sa voix (échappement, résonateur à l’admission), dont on ne profite pas assez à bord. Le THP boosté grogne gentiment et aurait mérité de flatter davantage les oreilles des occupants. Le EP6CDTR reçoit pourtant une préparation digne de la course : traitement thermique pour la culasse, pistons forgés, bielles renforcées Mahle, taux de compression de 9,2, turbo à double entrée soufflant à 1,5 bar maxi, admission et échappement spécifiques… En tout cas, il ne manque pas de ressource et la poussée est plus sensible qu’à bord du Cayman. Les 0 à 100 km/h mesurés ne le reflètent pas étant donné la motricité folle du coupé à moteur central qui lui permet de franchir ce cap avec 0’’2 d’avance, avant d’être dépassé au-delà de 400 m. En fin de mesure, il accuse ainsi 0’’3 de retard au 1 000 m départ arrêté : 25’’7 contre 25’’4. Ces chronos ne plaisantent pas, merci la légèreté ! La RCZ continue de dominer son ennemie en reprises mais doit s’avouer vaincue en vitesse maxi, en raison d’une bride « très allemande » instaurée à 250 km/h… Alors que le Cayman file à 263 km/h relevés. L’Allemand jubile et compte bien donner une autre leçon à cette traction pimentée au premier virage.
L’efficacité avant tout
Les sublimes départementales s’enchaînent, au point d’atteindre le sud du Beaujolais et le col de la Croix Rosier. Les coupés jubilent autant que leurs occupants, plus secoués à basse vitesse dans la RCZ. On ne se souvenait pas que la suspension copieusement rigidifiée pour la R (+ carrossage avant) était si raide à basse fréquence… Plus le rythme augmente, plus elle absorbe efficacement. C’est le cas également du PASM Porsche (filtrage amélioré sur la phase 2), qui réclame d’éviter le mode Sport trop percutant sur le bosselé. Nous avons relevé le même souci en reconduisant un Cayman S (Motorsport 124), alors que les différences de tarage étaient moins marquées dans nos souvenirs. Est-ce l’usure du système actif ? Quoi qu’il en soit, ces coupés de 1,3 tonne virevoltent sans forcer et se rejoignent étonnamment sur un point : leur équilibre naturellement neutre sur le sec. L’avant se place sans forcer et l’arrière se contente de suivre le mouvement, alors que l’on aimerait qu’il soit plus entreprenant en appuyant le freinage dégressif (apprécié par le Cayman mais non obligatoire). Sur le mouillé ou selon l’état des pneus arrière (usure, pression), l’Allemand peut se révéler beaucoup plus joueur et pointilleux. À la réaccélération, la Française passe sans mal les 330 Nm sur l’avant mais on ne retrouve pas le mordant espéré… La faute incombe à l’ancien propriétaire qui a opté pour de basiques Kleber en lieu et place des Goodyear Eagle F1 taillés sur mesure. Résultat, on sent que le Torsen travaille, sans remontée gênante dans la direction, mais de manière détendue… Rien à voir avec le côté hargneux ressenti à bord d’une Mégane 3 R.S. Cup concurrente.
Technique Porsche Cayman (987.2) :
- Moteur >> flat-6, 2,9 litres, 265 ch à 7200 tr/mn, 300 Nm de 4400 à 6000 tr/mn
- Transmission >> propulsion, 6 manuels
- Pneus >> Michelin Pilot Sport
- Poids annoncé >> 1330 kg
- Performances mesurées >> 0 à 100/200 km/h en 6’’0/22’’1, 400/1000 m D.A. en 14’’2/25’’7, 263 km/h
- Prix en 2009 >> 51 406 €
- Cote 2026 >> 36 000 €
Quelle que soit la monture, le rythme augmente facilement et la direction renvoie suffisamment d’infos pour établir une relation de confiance. Cette confiance se poursuit au freinage qui ne faiblit pas au fil des cols, bien que le Cayman se passe de disques carbone/céramique (option superflue). Tant mieux lorsque l’on repense au prix des disques avant de la Peugeot… dignes de ceux acier de la Porsche ! Si vous avez bonne mémoire, vous vous souvenez que votre magazine préféré a emmené tout ce beau monde, la descendance type 981 et l’ennemie française Mégane à Magny-Cours. Verdict : la RCZ R frappe fort sur le circuit Club avec un excellent 1’26’’60, devant la Mégane (1’27’’27) et le Cayman (1’28’’63) qui aligne le même temps que son frère découvrable, le Boxster. Elle cède toutefois son trône au Cayman type 981, son ennemie contemporaine de 275 ch, pour seulement 0’’2 ! Cette traction a vraiment mangé du lion et fait plus que de se défendre dans cette confrontation. La victoire s’annonce plus serrée que nous ne l’avions imaginée. En tout cas, il est grand temps de profiter de ces coupés accessibles et plein de tempérament avant que leur cote ne s’envole.