Sur les 20,832 kilomètres de l’enfer vert, la GT3 RS MR (992) a signé un tour en 6’45’’389, réalisé par Jörg Bergmeister. Une performance officielle qui améliore d’environ quatre secondes le chrono de la version standard (6’49’’328). La particularité de cet exploit réside dans une donnée simple : la puissance n’a pas changé. Le flat-six atmosphérique de 4,0 litres développe toujours 525 ch, sans la moindre assistance électrique ni suralimentation. Là où certaines concurrentes dépassent allègrement les 1 000 chevaux, Porsche et Manthey Racing ont choisi une voie radicalement différente, en concentrant leur travail sur l’aérodynamique et le châssis.
Le kit Manthey va pourtant bien au-delà d’un simple affinage et permet un gain de 20 % d’appui sans augmentation de traînée, par rapport à la GT3 RS standard, pour dépasser les 1 000 kg à 285 km/h. Cette évolution repose sur une multitude de détails très ciblés. Le toit reçoit notamment six ailettes supplémentaires, tandis qu’une dérive verticale type “shark fin” apparaît à l’arrière pour stabiliser les flux à haute vitesse. La lunette arrière disparaît au profit d’un panneau en carbone allégé d’environ 25 %, contribuant à la fois à la rigidité et au gain de masse. L’ensemble est complété par une aérodynamique profondément retravaillée, incluant splitter, diffuseur et aileron optimisés pour maximiser l’efficacité sans dégrader la traînée. Le châssis suit la même logique de précision. La GT3 RS Manthey adopte des combinés filetés semi-actifs spécifiques, capables d’ajuster finement les réglages en compression et en détente. L’objectif est clair : maintenir un contact optimal des pneumatiques (avec la piste, malgré l’augmentation massive d’appui. Pour une analyse détaillée de ces évolutions : éléments aérodynamiques, fonctionnement des suspensions ou encore philosophie globale du kit, nous vous renvoyons à notre article dédié : Manthey veut coller votre Porsche 911 GT3 RS au sol. Le modèle ayant réalisé ce chrono était par ailleurs équipé de pneumatiques Michelin Pilot Sport Cup 2 R, lui permettant d’exploiter pleinement les améliorations du kit.

Ce chrono permet surtout à la GT3 RS Manthey de reprendre l’ascendant sur des machines bien plus puissantes, à commencer par la spectaculaire Chevrolet Corvette ZR1 X. Cette dernière, forte d’une puissance combinée de 1 250 ch, avait signé un chrono de 6’49’’275. Malgré un déficit de plus de 700 chevaux, la Porsche s’impose avec près de quatre secondes de moins. De quoi donner matière à réflexion à Corvette… qui risque bien de devoir revoir sa copie.
Dans la hiérarchie interne de Porsche, la comparaison avec la Porsche 911 (991) GT2 RS MR reste incontournable. Avec 700 ch issus du flat-six biturbo, cette dernière conserve l’avantage avec un chrono de 6’43’’3. L’écart, limité à un peu plus de deux secondes, souligne toutefois l’exploit de la GT3 RS Manthey, qui s’approche dangereusement d’un modèle bien plus extrême. Une démonstration technique, mais aussi une forme de manifeste dans une époque dominée par la surenchère mécanique.
Reste désormais une question en suspens : jusqu’où Porsche peut-elle aller ? Selon les premières indiscrétions, une future Porsche 911 GT2 RS (992) ne serait pas attendue avant 2027, laissant le champ libre à une évolution intermédiaire. Les spyshots actuellement observés pourraient annoncer une GT3 RS revisitée, potentiellement équipée d’un biturbo, une orientation inédite pour ce modèle historiquement atmosphérique. Si cette hypothèse se confirme, la hiérarchie interne pourrait être profondément bouleversée. En attendant, cette GT3 RS MR fixe déjà un niveau que la prochaine génération devra impérativement dépasser.