Du 12 au 18 octobre, le Mondial de l’Auto de Paris accueille une série de premières mondiales dont le point commun saute aux yeux : il s’agit presque exclusivement de concepts, et une bonne partie d’entre eux revisite un modèle emblématique. Peugeot ressuscite la 205 T16 et le coupé RCZ, et Alpine rend hommage à l’A310, et Alfa Romeo convoque la Coda Tronca et le cadran « Cannocchiale ». L’exercice dépasse la nostalgie, puisque ces voitures servent aussi de vitrine à des plateformes, des batteries et des interfaces appelées à équiper les futurs modèles de série.
La plus spectaculaire est sans doute la Peugeot E-T16 Concept. Quarante ans après le doublé de la 205 T16 en championnat du monde des rallyes, en 1985 et 1986, Peugeot Sport en livre une interprétation électrique qui pousse à l’extrême les lignes de la future E-208. Trois moteurs, un à l’avant et deux à l’arrière, développent 816 ch cumulés, ce qui en fait la Peugeot de série la plus puissante de l’histoire. Seul le prototype 208 T16 Pikes Peak, recordman de la course de côte américaine en 2013, peut lui être comparé. Le rapport poids/puissance passerait sous les 2 kg/ch, avec un 0 à 100 km/h annoncé en 2″5 et un 0 à 300 km/h en 16″. La transmission intégrale s’appuie sur un torque vectoring qui répartit le couple entre les deux roues arrière et entre les trains avant et arrière. Le freinage repose sur quatre disques de 380 mm, avec un frein à main hydraulique vertical hérité des voitures de rallye.
Peugeot Sport a particulièrement travaillé la gestion thermique, avec un refroidissement « Side Cooling » issu de la compétition. L’E-T16 serait ainsi capable d’enchaîner trois tours de Nordschleife, soit plus de 60 km, sans limitation de puissance. Au quotidien, l’architecture 800 V et la batterie de 85 kWh promettent 400 km d’autonomie WLTP et une recharge de 10 à 80 % en moins de 15 minutes. Les clins d’œil à l’aînée sont nombreux : la teinte Winchester Mat Grey, le filet rouge rétroéclairé et surtout la capot arrière qui bascule entièrement pour dévoiler les moteurs et les suspensions.
Sur le même stand, la RCZ Vision joue une partition plus grand tourisme. Héritière du coupé RCZ produit de 2009 à 2015, elle inaugure le langage stylistique « Feline Future » et repose sur une architecture dérivée de la plateforme STLA One. Avec 500 ch, elle revendique jusqu’à 600 km d’autonomie, une recharge de 10 à 80 % en 10 minutes. La RCZ Vision est aussi la première Peugeot équipée du freinage Brake-by-Wire. Elle l’associe à une direction Steer-by-Wire pilotée par le volant Hypersquare, dont la rotation maximale tombe à un peu moins d’un tour. Le spoiler actif, invisible à l’arrêt, et le « bubble roof » à double bossage rappellent directement le modèle d’origine.
Alpine fête de son côté un double anniversaire, les 55 ans de l’A310 4 cylindres et les 50 ans de la version V6. Dévoilée en 1971 pour prendre le relais de la Berlinette, l’A310 sert de base à l’A310 Vision, une étude de design pur que la marque présente explicitement comme sans lendemain en série. Longue de 4,55 m pour 1,18 m de haut, avec 2,03 m de largeur maximale à l’arrière et un empattement de 2,45 m, elle emprunte les formes des premières 4 cylindres et les ailes élargies des V6. Alpine ne communique aucune donnée mécanique, mais le concept illustre les libertés de proportions permises par la nouvelle plateforme APP. Les projecteurs se dévoilent par un effet « pop down » au démarrage.
Renault a lui aussi puisé dans son passé avec la Renault 8 Gordini Concept, dévoilée fin septembre et exposée pour la première fois au public sur son stand. Lancée en 1964, la « Gorde » tirait 95 ch d’un moteur placé à l’arrière et a formé toute une génération de pilotes, Jean Ragnotti en tête. Le concept conserve la propulsion, mais confie la tâche à un moteur électrique de 270 ch. Il abandonne aussi la carrosserie de berline pour devenir un coupé deux places en carbone de seulement 1,27 m de haut. Ses roues sont plus grandes à l’arrière qu’à l’avant, en 20 et 19 pouces, pour rappeler l’architecture « tout à l’arrière » de l’originale. La proue sans calandre reprend les six phares ronds de la version rallye, et la double bande blanche, autrefois simplement collée, structure désormais tout le dessin, des grilles du capot jusqu’aux feux arrière. Entièrement conçu en interne, cet exemplaire unique rejoindra ensuite le futur musée des Collections Renault à Flins.
Alfa Romeo, qui ne présente pas la Cuorerosso comme la préfiguration directe d’un modèle de série, en a fait le manifeste de sa prochaine génération. Ce coupé 2+2 de 4 700 mm de long, 1 980 mm de large et seulement 1 331 mm de haut affiche 1 750 kg sur la balance et un empattement de 2 930 mm. Sa silhouette continue, achevée par une Coda Tronca (l’un des codes stylistiques les plus emblématiques de l’histoire d’Alfa Romeo) et un diffuseur intégré, lui permet d’atteindre un Cx de 0,28. Le châssis reçoit une suspension pneumatique et des freins Brembo carbone-céramique, tandis que la direction steer-by-wire autorise un volant réinventé et trois modes de conduite baptisés Cruise, Sport et Quadrifoglio.
La future gamme sera multiénergie, du 100 % électrique à l’hybride léger, et un potentiel pour des versions Quadrifoglio. Dans sa forme la plus extrême, elle pourrait recevoir un V6 2.9 Full Hybrid associé à la transmission intégrale Q4, à une boîte à convertisseur de couple et à un arbre de transmission en fibre de carbone. L’habitacle reprend la planche de bord horizontale de la 33 Stradale de 1967.
Opel s’aventure sur un terrain inattendu pour un salon dominé par les coupés et les citadines : le break. La marque revendique ce type de carrosserie depuis l’Olympia Rekord Caravan de 1953 et veut en proposer une lecture sportive avec le STX Concept, pour Sports Tourer eXperimental. Ce break électrique à transmission intégrale dépasserait les 200 km/h. Son aérodynamique active fait sortir des diffuseurs sous la poupe à certaines vitesses, tandis que des éléments du bouclier se déploient derrière les roues. Le STX ne se contente pas du rôle de show car, puisqu’il inaugure le futur visage de la marque. Opel annonce que plusieurs de ses éléments passeront sur de futurs modèles de série. Le stand accueille aussi la monoplace Formule E GSE 27FE et la Corsa GSE, compacte sportive électrique déjà disponible à la commande.
Impossible enfin de quitter ce Mondial sans parler de la 2 CV. Elle n’a jamais rien eu d’une sportive, mais peu de voitures pèsent autant dans l’histoire automobile française, et son retour constitue l’un des événements du salon. Présentée au Salon de Paris en 1948 et produite jusqu’en 1990, elle revit sous la forme du 2 CV Concept, plus court que l’original avec ses 3,76 m. Citroën vise une masse proche de la tonne afin de limiter la taille de la batterie. Le son du klaxon reprend celui des anciennes générations.
Contrairement aux autres concepts du salon, celui-ci a un avenir concret : il préfigure un modèle électrique fabriqué en Europe, positionné entre l’Ami et la C3, conforme à la future réglementation E-Car et attendu à l’horizon 2028, avec un prix de départ visé proche de 15 000 €. Une 2 CV Fourgonnette Concept l’accompagne, mais Citroën précise que celle-ci ne préfigure pas de modèle à court terme.
