Le retour de Ford sur la Nordschleife n’avait rien d’un simple test de développement. L’objectif était clair : redorer le prestige symbolique du constructeur américain le plus rapide sur l’Enfer vert. Grâce à la Ford GT MKIV, qui a bouclé un tour en 6 min 15,977 s, Ford reprend ce titre, précédemment revendiqué par Chevrolet avec la Corvette ZR1X qui a signé un chrono de 6 min 49,275 s. Cependant une telle comparaison n’a qu’un sens symbolique. La GT Mk IV appartient à la catégorie des prototypes clients non homologués pour la route. Contrairement à des modèles comme la Corvette ZR1X, elle a été conçue sans les contraintes liées à un usage routier ou à une production standardisée. La comparaison directe entre ces modèles reste donc surtout une question d’image : le titre honorifique du constructeur américain le plus rapide du Nurb.
Grâce à ce chrono impressionnant la GT Mk IV entre dans le Top 3 des voitures les plus rapides de l’histoire de la Nordschleife, derrière deux prototypes devenus des références absolues. La deuxième place reste occupée par la Volkswagen ID.R avec un temps de 6 min 05,336 s, tandis que la première position appartient à la Porsche 919 Hybrid Evo avec un impressionnant chrono de 5 min 19,546 s établi en 2018, un record qui tient toujours près d’une décennie plus tard.
Le choix du pilote n’a évidemment rien laissé au hasard. Frédéric Vervisch, habitué du Nürburgring et double vainqueur des 24 Heures disputées sur ce tracé (2019-2022), a su exploiter le potentiel de la voiture grâce à sa connaissance intime des 73 virages du circuit. Malgré des conditions météo peu optimales, notamment le froid, qui ont limité la vitesse de pointe à environ 310 km/h, le pilote et sa monture ont réalisé un record, ce qui donne une idée réelle du potentiel de l’auto dans un contexte optimal.
Si l’on se limite aux modèles animés par un moteur thermique, la performance prend encore davantage de relief. La GT MK IV devient alors la référence absolue dans cette catégorie, un fait marquant à une époque où les records sont de plus en plus souvent associés à des architectures hybrides. Ce résultat donne ainsi une dimension encore plus symbolique à cette performance : celle d’une bombe thermique qui s’impose encore au sommet d’un terrain devenu le laboratoire des technologies du futur.
Cette performance s’explique aussi par la transformation profonde de la Ford GT dans cette ultime évolution. Si elle conserve son nom et son héritage, la MKIV s’en éloigne fortement dans sa philosophie en devenant une véritable machine de piste conçue sans compromis. Produite à seulement 67 exemplaires, elle embarque un V6 EcoBoost biturbo de 3,5 litres qui dépasse les 800 ch grâce à une préparation spécifique, elle reçoit également une transmission de compétition « Adaptive Spool Valve », une pièce conçue par le spécialiste de l’ingénierie Multimatic partenaire de Ford sur ce modèle. L’aérodynamique constitue un autre élément déterminant. La carrosserie en fibre de carbone adopte une architecture dite « long tail », pensée pour générer un niveau d’appui très élevé et améliorer l’équilibre général à haute vitesse.
Cette voiture s’inscrit également dans une stratégie plus large de Ford consistant à utiliser la Nordschleife comme un véritable laboratoire. Le constructeur y multiplie les essais avec des véhicules très différents. L’objectif dépasse le simple affichage de performances : les données récoltées servent directement au développement de futurs modèles, y compris pour des voitures destinées à la route.
Crédit photos : Ford Racing