En préambule, il est bon de rappeler que le secteur automobile emploie 13 millions de personnes au sein de l’Union Européenne et représente environ 7 % de son PIB.
Des ventes en berne
La conjoncture étant à la baisse du pouvoir d’achat des classes moyennes et aux changements des modes de vie, le marché des voitures neuves s’est replié de 12 %, en baisse pour le cinquième mois consécutif en France. En 2024, seulement 1,755 million de voitures neuves ont été immatriculées, soit un recul de 3,4 % par rapport à 2023, mais surtout de 22,3 % par rapport à 2019.
Cette conjoncture baissière amplifiée par la situation aux USA pousse les constructeurs qui ont investi des milliards dans la transition électrique à prendre des mesures radicales.
Des suppressions d’emplois massives
Après la fermeture de son site belge, Audi a annoncé lundi 17 mars un plan de suppression de 7 500 emplois d’ici 2029 en Allemagne. Ce plan prévoit de supprimer 13,5 % de ses effectifs qui sont de 87 000 personnes, dont 55 000 sur ses sites allemands.
Ford a annoncé 4000 suppressions d’emplois en Europe d’ici fin 2027.
Chez Mercedes, un plan d’économie prévoit de réduire de 10% ses coûts de production et sa production de 2,5 à 2 millions de voitures d’ici 2027. On s’attend à des suppressions d’emplois.
Le géant Volkswagen a quant à lui annoncé en décembre dernier un plan de restructuration comprenant la suppression de plus de 35 000 emplois (30% de ses effectifs), pour l’instant sans licenciements secs ni fermeture d’usine. Toutefois, les sous-traitants seront dans tous les cas lourdement impactés comme chez Bosch, Schaeffler, ZF, Valeo et Continental où l’on annonce respectivement 5550, 4700, 14000, 866 et 3000 postes supprimés.
Stellantis a publié une perte nette de 2,3 milliards d’euros pour le seul premier semestre 2025 avec des ventes en recul de 6% à 1,4 million d’unités.
Chez Renault, l’action a chuté de 15 % en ce mois de juillet après que le constructeur a réduit ses objectifs de marge à 6,5 %, contre plus de 7 % jusque-là.
Au total, 88 000 suppressions d’emplois ont été annoncées en 2024, selon Eurofound. La Fédération des équipementiers automobiles estime que 45 000 emplois sont menacés dans les trois ans à venir en France et bien plus en Europe.
Si à tout cela on ajoute les craintes de taxations exagérées sur le marché US, l’industrie automobile européenne se retrouve dans une situation critique qui pourrait encore s’aggraver.
Le passage à l’électrique, un choix suicidaire et un boulevard pour les constructeurs chinois
Le problème des suppressions d’emplois est amplifié par le passage forcé au tout électrique suite à l’interdiction de vente des thermiques à partir de 2035. D’une part, la construction des électriques constituées de moins de pièces réclame moins de personnel pour les assembler mais le plus gros problème est qu’à ce jour, personne ne veut de ces autos si elles ne sont pas fortement subventionnées comme on l’a vu en l’Allemagne lorsque la prime pour l’électrique a été supprimée. Même avec de fortes subventions, comme en France, le marché des électriques déjà faible est en baisse de 5,1% en 2025.
Dans ce contexte difficile, les géants chinois à l’affût et largement subventionnés par leur gouvernement inondent le marché mondial avec des voitures électriques de bonne qualité dont les coûts de production sont inférieurs de 40 %. Les Chinois qui détiennent l’essentiel de la production mondiale de batteries électriques ont parfaitement compris que l’Europe s’était mise toute seule dans une situation difficile. Et l’augmentation des taxes décidée par l’Europe ne les touche qu’à la marge et de façon temporaire puisqu’ils vont bientôt ériger des usines en Europe (Hongrie et Espagne).
Quant à Tesla, sachant comment les USA cherchent à taxer et soumettre l’industrie automobile européenne, peut-être serait-il judicieux d’y réfléchir à deux fois avant de signer un bon de commande.
Il est urgent de choisir sa prochaine auto avec discernement
Bref, si nous autres, consommateurs européens, pouvions avoir une vision un peu plus large que le seul objectif de quelques milliers d’euros économisés sur l’achat d’une électrique, il serait sans doute plus utile pour notre avenir commun de choisir avec discernement l’origine de nos futures autos, histoire de sauver une industrie qui, rappelons-le encore une fois, représente près de 800 entreprises, 4000 sites et 330 000 emplois rien qu’en France.
La situation est suffisamment grave pour que nous tous nous sentions concernés et pour que nous comprenions que nos achats sont aussi un levier économique majeur. Même si cela nous coûte quelques milliers d’euros de plus, un gabarit d’auto inférieur ou un équipement moins riche.
Et si les dirigeants de l’Europe qui nous ont mis dans cette situation pouvaient très vite revenir sur leurs décisions très discutables, tout le monde pourrait affronter cette période extrêmement difficile avec un peu plus de chance de s’en sortir.





