Derrière ce projet, Gordon Murray, figure majeure de l’ingénierie automobile, à qui l’on doit notamment la McLaren F1. Avec la T.50, il reprend les principes qui ont fait le succès de cette dernière, tout en corrigeant ce qu’il considérait comme ses imperfections : esthétique, freinage, climatisation ou encore facilité d’entretien. Dans un contexte où les hypercars ont largement basculé vers l’hybridation et la recherche de puissance maximale, la T.50 adopte une approche radicalement différente. Ici, pas de surenchère technologique lourde, mais une quête de légèreté et de pureté mécanique : 986 kg sur la balance, une boîte manuelle à six rapports et une architecture à trois places avec siège central, comme sur la Mclaren F1. Une philosophie qui lui a valu le titre de « Hypercar of the Year 2023 » décerné par Top Gear.
Son cœur mécanique participe largement à cette singularité. Développé avec Cosworth, le V12 atmosphérique de 3,9 litres affiche des caractéristiques peu communes : 663 chevaux et régime maximal de 12 100 tr/min. Sa conception, intégrant notamment des composants en titane et des pistons spécifiques, lui permet de grimper dans les tours avec une rapidité exceptionnelle. Autre particularité, directement héritée de la compétition : un ventilateur arrière de 400 mm intégré à l’aérodynamique. Inspiré de la Brabham BT46, ce système améliore l’efficacité du diffuseur et augmente l’appui aérodynamique jusqu’à 50 %, tout en permettant de conserver une silhouette relativement épurée, sans ailerons imposants.
Présenté en 2019 puis rapidement épuisé lors de sa commercialisation en 2020, le modèle n’a jamais réellement eu le temps de s’installer sur le marché. Les 100 exemplaires ont été attribués en seulement deux jours, confirmant l’attente autour du projet. Depuis, chaque apparition publique reste un événement, à l’image de ses débuts dynamiques à Goodwood, où le V12 avait marqué les esprits.
L’exemplaire concerné ici, châssis 009 destiné au marché américain, se distingue aussi par sa configuration particulièrement soignée et son état proche du neuf. Livré en mars 2026, il n’a parcouru que 27 miles (43 km), correspondant essentiellement aux essais et à sa livraison. Sa carrosserie en fibre de carbone reçoit une finition spécifique Reef, associée à des éléments en carbone apparent mêlant finitions satinées et brillantes, ainsi qu’à des jantes Graphite Gloss. Plusieurs détails extérieurs viennent compléter l’ensemble, comme des étriers de frein argentés, des accents de phares en Mid Gold et un badge arrière « T.50 » en émail argenté. L’habitacle met en avant la configuration emblématique à trois places avec siège conducteur central. Celui-ci est habillé de cuir Dune avec surpiqûres assorties, tandis que les sièges passagers latéraux combinent Alcantara Athol Blue perforé et cuir Thruxton Blue, avec des finitions Dune. Le tableau de bord, inspiré du sport automobile, est recouvert d’Alcantara Athol Blue, complété par des éléments en cuir Chromite Black et un volant en carbone satiné. L’option toit vitré a également été retenue, apportant davantage de luminosité à l’ensemble et renforçant la sensation d’espace à bord.
Cet exemplaire est en outre livré avec l’intégralité de ses accessoires d’origine, renforçant son caractère de pièce de collection : un ensemble de bagages sur mesure en quatre pièces, un coffre à outils numéroté, une tablette de diagnostic, deux clés, les manuels d’utilisation ainsi qu’un album photo documentant l’assemblage du châssis 009.
Broad Arrow Auctions, a fixé une fourchette d’estimation entre 8 et 10 millions de dollars, soit environ 6,8 à 8,5 millions d’euros. Pour mesurer l’ampleur de cette valorisation, rappelons que le tarif de lancement de la T.50 s’établissait autour de 2 700 000 euros. Le marché des hypercars à motorisation exclusivement thermique, dont la production se raréfie, attire désormais une demande croissante de la part des collectionneurs les plus avertis. La vente prend également une dimension particulière par son format : il s’agit d’une enchère en direct consacrée uniquement à cette T.50, un format réservé aux ventes les plus exceptionnelles, et une première pour un exemplaire en vente publique en Amérique du Nord. Mais cette mise en vente s’accompagne de contraintes spécifiques. Le véhicule est enregistré aux États-Unis sous le régime « show or display », limitant son utilisation à 2 500 miles par an. Des restrictions qui renforcent encore son statut d’objet exclusif, davantage destiné à une collection qu’à un usage quotidien.