En 2025, le malus automobile a battu tous les records en France. Selon les données compilées par des observateurs du marché automobile (Dataneo et Mobilians),la double taxation, CO2 et poids, a rapporté environ 848,5 millions dans les caisses de l’Etat. Une hausse de plus de 30% par rapport à 2024. Cette progression spectaculaire est due à plusieurs facteurs : l’abaissement du seuil de déclenchement du malus CO2 qui est passé de 118 g/km à 113g/km au 1er mars 2025, la montée rapide des barèmes gramme par gramme, ainsi que la généralisation du malus au poids, qui a concerné un nombre croissant de SUV et de véhicules familiaux.
Selon Mobilians, plus de 83 % des véhicules neufs immatriculés en 2025 ont été concernés par au moins un malus, une proportion inédite qui traduit un basculement structurel du marché, autrefois réservé à une minorité de modèles fortement émetteurs. Le plafond du malus CO2, fixé à 70 000 euros pour les véhicules dépassant 192 g/CO2/km, a contribué à tirer les recettes vers le haut, tout comme l’extension du malus au poids aux véhicules dépassant 1600kg, y compris certains modèles hybrides jusqu’alors partiellement épargnés.
La 911 grande gagnante
Parmi tous les modèles immatriculés l’an dernier, la voiture qui a rapporté le plus de malus en 2025 est la Porsche 911. Avec 438 unités vendues, elle a généré 29,74 millions d’euros de recettes fiscales, soit une taxe moyenne de 67 900 euros par véhicule. Derrière elle, les SUV allemands comme le BMW X3 et le Mercedes GLC figurent parmi les modèles les plus taxés, tandis que le Citroën C5 Aircross est le seul modèle français à apparaître dans le top 15, avec 19,03 millions d’euros de malus pour 20 506 immatriculations.

À partir de 2026, la fiscalité automobile entre dans une nouvelle phase de durcissement assumé. Le seuil de déclenchement du malus CO2 est abaissé à 108 g/km, poursuivant une trajectoire programmée de baisse de 5 g/an. Le plafond maximal est relevé à 80 000 euros, tandis que le seuil du malus au poids est abaissé à 1500 kg, avec un barème progressif pouvant atteindre 30 euros par kilo supplémentaires pour les véhicules de plus de 2 tonnes. Dans la dynamique des débats parlementaires autour du projet de loi de finances, l’Assemblée nationale a acté que les SUV électriques ne seraient pas soumis au malus au poids, annulant cette mesure-phare qui figurait initialement dans le texte du PLF de 2026. Sur une trajectoire à plus long terme, le gouvernement a par ailleurs adopté un amendement annulant le durcissement des barèmes du malus CO2 et du malus au poids qui étaient programmés pour 2028, ce qui signifie qu’après les évolutions de cette année et de 2027, le renforcement automatique des seuils ne s’appliquera pas. Alors avec tous ces changements une question se pose : combien vaut une voiture neuve en 2026 ?
Supposons que vous souhaitez acquérir une Porsche 911 Carreras S chez un concessionnaire Lyonnais. Elle émet 229-241 g/CO2/km, soit plus de 192 g/CO2/km. Son prix démarre à 158 200 € TTC, ajoutons le malus CO2 de 80 000 € (oui nous sommes en 2026), plus 1591 € de taxe régionale plus quelques autres petites taxes et nous obtenons un prix de 239 804 €. Un prix nettement plus élevé en comparaison de nos voisins européens.
| Porsche 911 Carreras S | Prix (constructeur) | Malus/Taxe | Prix totale |
| Belgique | 158 510 € incl. TVA | TMC (dépend de la région) : 4957 à 5562 € | 163 467 à 164 072 € |
| Allemagne | 154 800 € TTC | Aucune taxe à l’achat | 154 800 € |
| Italie | 160 350 € incl. TVA | IPT (dépend de la province) : 1204 à 1519 € | 161 554 à 161 869 € |
| Luxembourg | 152 925 € TTC | Timbre de chancellerie 50 € | 152 975 € |
| Suisse | 176 100 CHF incl. TVA (≈ 192 495 €) | Impôt sur les véhicules automobiles 7044 CHF (≈ 7700 €) | 183 144 CHF (≈ 200 195 €) |
| Espagne | 178 784 € incl. TVA | Déjà inclut dans le prix annoncé par Porsche | 178 784 € |
À noté que ce tableau indique uniquement les malus et taxes à l’achat du véhicule. Contrairement à la France, les autres Etats taxent la détention ou l’usage du véhicule et de manière beaucoup plus modérée. Comme en Allemagne avec la Kraftfahrzeugsteuer, une taxe annuelle pour chaque voiture immatriculée, qui dépend du CO2 et de la cylindrée. Une philosophie qui repose davantage sur la responsabilisation dans la durée que sur la sanction immédiate. La France a réussi à faire de l’achat d’un véhicule sportif non plus un simple choix automobile, mais un acte fiscalement puni, où la sanction précède désormais l’usage.