Lors d’une récente présentation, le patron de BMW Oliver Zipse s’est lancé dans une diatribe sur la politique européenne du tout électrique imposée à tous les constructeurs, une solution dramatique selon lui, ainsi que le rapporte Challenges.
Des mots très forts
« Le système européen actuel est un désastre. Il va détruire à la fois l’industrie automobile et l’innovation.
Jamais vous ne nous entendrez dire que nous remettons en cause l’objectif de neutralité carbone en 2050. Mais regarder uniquement les émissions à l’échappement n’est pas la meilleure solution.
Il faut une neutralité technologique. N’oublions pas qu’une voiture électrique émet 40% de CO2 de plus à la fabrication qu’une voiture thermique. Tout doit être pris en compte : les matériaux bruts, la fabrication, l’électricité… Aujourd’hui, les émissions de CO2 d’un moteur thermique sont mesurées de la même manière quel que soit le carburant utilisé.
Le client ne va pas naturellement aider les constructeurs à respecter leurs objectifs de CO2. Individuellement, il va regarder le prix, la marque, l’usage mais aussi des éléments divers et variés voire même abstraits et non mesurables.
Aujourd’hui, les volumes de voitures électriques ne peuvent être soutenus que grâce aux subventions. Mais les sommes sont telles qu’aucun pays ne peut pousser la totalité de la transition quand il y a d’autres sujets que l’automobile sur la table. Ainsi le réseau allemand peut s’adapter à 50% des voitures électriques. Pas 100%. Et il faudra au moins 30 à 40 ans pour adapter un réseau.«
Face à l’âpre concurrence chinoise sur les batteries et plus largement le véhicule électrique, le patron de BMW espère une nouvelle fois faire entendre sa voix et celle des constructeurs européens. Il indique être « confiant sur le fait qu’une solution viable, lucide et raisonnée sera trouvée dans les trois ans à venir car au regard de la politique et des choix faits par l’UE de manière dogmatique, le prix à payer est trop grand. »
Une alerte qui ne cesse de s’amplifier
Depuis plusieurs années, Oliver Zipse estime qu’écarter d’emblée des alternatives telles que l’hydrogène ou les carburants synthétiques est une erreur stratégique, dangereuse pour l’avenir de l’industrie automobile européenne. Selon lui, l’hydrogène représente la seule technologie que l’Europe peut développer localement sans dépendre de l’Asie, ce qui en fait un atout majeur pour conserver la souveraineté industrielle du continent. Malheureusement, Stellantis et Renault viennent tous deux d’abandonner leur programme de développement de la pile à combustible, estimant que cette dernière n’a pas d’avenir. Mais peut-être que la raison de cet abandon est ailleurs, plus économique et financière que réellement technologique.
En tous les cas, les mois passant, le constat de plus en plus précis des constructeurs européens montrent clairement que le danger est réel. L’Europe s’entêtera-t-elle à interdire toute alternative au tout électrique ou aura-t-elle la volonté d’ouvrir le champ des technologies possible en reconsidérant sa façon de mesurer l’impact des automobiles ? La question devient urgente et surtout existentielle pour tout un pan de l’économie européenne.




