L’idée paraît contre-intuitive pour quiconque a déjà cherché la sensation forte en enfonçant l’accélérateur. Pourtant, l’étude publiée le 24 août par le pétrolier britannique, menée avec la société de neurosciences Brainbox, suggère que le vrai frisson naîtrait d’un état de concentration extrême plutôt que du chiffre affiché au compteur.
Le protocole a de quoi surprendre. Les participants ont enchaîné cinq exercices sur le site fermé de PalmerSport, dans le Bedfordshire, casqués d’un électroencéphalographe à trente canaux, suivis à l’œil par un dispositif de eye-tracking et surveillés en permanence sur leur rythme cardiaque et leur conductance cutanée. Au programme : du franchissement en Land Rover Defender à 8 km/h de moyenne, une session de karting sur une piste étroite, des tours de circuit au volant d’une McLaren Artura GT4, puis d’une monoplace JPLM, et enfin un baptême en passager de cette même JPLM confiée à un pilote professionnel lancé à l’attaque.
Selon les chercheurs, trois curseurs devraient monter simultanément pour que le plaisir apparaisse : la stimulation physique, l’engagement de l’esprit dans la tâche, et un équilibre tenu entre excitation et peur. Si l’un des trois déborde le seuil que le conducteur estime gérable, et ce seuil varierait beaucoup d’un individu à l’autre, l’expérience basculerait du frisson vers l’angoisse.
C’est exactement ce que montreraient les données du tour en passager. Alors que les marqueurs physiologiques y grimpent très haut, l’interprétation qu’en fait Brainbox est celle de l’anxiété pure. Le cerveau des passagers produisait davantage d’ondes bêta rapides, associées au stress, tandis que l’activité thêta liée à la concentration profonde et l’activité alpha du calme vigilant s’effondraient. Le regard trahit la même chose : 40 clignements par minute et 190 fixations distinctes dans les virages, signe d’un balayage visuel désordonné. Au volant de l’Artura GT4, les mêmes sujets clignaient seulement 2,5 fois par minute, contre 15 à 20 au repos, et fixaient en moyenne 70 fois par minute le point de corde. Le corps s’emballe dans les deux cas, mais la tête ne fait pas du tout la même chose.
Le cœur raconte une histoire comparable. La fréquence cardiaque a bondi de 43,8 battements supplémentaires par minute dans la McLaren, contre 16 seulement en tout-terrain, mais l’étude insiste sur le fait qu’un cœur qui s’accélère ne dit rien du plaisir ressenti, la peur produisant le même effet. La distinction se ferait plutôt sur la variabilité du rythme, basse mais mouvante dans le plaisir, écrasée à des niveaux très faibles dans la peur.
Reste le cas du karting, qui achève de démonter le mythe de la vitesse. Sur une piste sinueuse où les pointes restent modestes, les participants ont coché tous les critères neurophysiologiques du plaisir, devançant largement la session en passager pourtant menée à des allures de course. Dan Phillips, cofondateur de Brainbox, résume la chose en expliquant que le plaisir de conduire tiendrait à la concentration et non à la vitesse, et qu’il se lit dans le comportement du cerveau, du cœur et des yeux au moment où le conducteur est totalement absorbé.

Ce que suggère l’étude, au fond, c’est que le plaisir de conduire ne dépendrait pas de la vitesse atteinte ni de la voiture utilisée, mais de l’état dans lequel se trouve celui qui la pilote. Une GTI sur une route sinueuse ou un kart de location peuvent produire les mêmes signaux qu’une GT4 sur circuit, à condition d’être pleinement absorbé par ce qu’on fait.
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